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Photo : W. Van Gemert

Photographier des feux d'artifice


Pour le rendu des couleurs je trouve que les diapositives conviennent le mieux, avec une sensibilité de l'ordre de 100-200 iso. Bien que les feux se déroulent la nuit, ce sont des spectacles extrêmement lumineux, aussi n'est-il pas nécessaire d'utiliser des pellicules plus sensibles. La principale difficulté consiste à mesurer la lumière car les posemètres ne sont que de faible utilité dans ces circonstances vu qu'ils sont trompés par l'obscurité ambiante (*). Il est donc évident que de nombreux essais s'imposent, en prenant des notes pour la fois prochaine; pour vous faire gagner un peu de temps, je vous livre ici mes propres observations pour un film de 100 iso.

Suivant la distance à laquelle on se trouve, l'objectif sera de focale comprise entre 35 et 100 mm, le 50 mm étant généralement bien adapté. Avec un grand-angle, les fusées ou bombes paraissent souvent trop petites tandis qu'il est difficile de bien les cadrer au téléobjectif. Il peut être intéressant d'inclure quelques spectateurs ou éléments du décor (arbres, monuments) dans la scène afin de donner l'échelle et la perspective.

L'ouverture la plus courante est de l'ordre de 8-11 et peut être de 16 pour les "bouquets" finaux (**). Le temps de pose est de quelques secondes; en fait il correspond à la durée des effets, soit de 2 à 6 secondes environ. L'appareil étant monté sur trépied, on le met en pose et on déclenche soit avec un déclencheur souple, soit "au chapeau". L'obturation "au chapeau" (ou au bouchon) est la méthode que je préfère car elle élimine tout risque de bougé ou de vibration: après avoir cadré la zone à photographier, on place un morceau de tissu noir (ou un chapeau, une casquette, voire sa main) sur le devant de l'objectif; on déclenche et on laisse l'obturateur ouvert (pose T ou déclencheur souple à blocage); pour prendre la photo, il suffit de découvrir l'objectif. On peut aussi utiliser le bouchon de l'objectif mais on risque de faire bouger ou vibrer l'appareil en l'enlevant. Cette méthode permet aussi de réaliser des surimpressions très simplement.

La surimpression (plusieurs images sur la même vue) donne souvent d'excellents résultats en photographie de feux d'artifice; pas pour les "bouquets" ou les effets de type fontaine, mais pour les bombes isolées; on peut ainsi mieux rendre l'effet observé en ayant plusieurs effets regroupés sur la même vue. L'astuce - ou la chance - consiste à avoir ces effets décalés dans l'espace afin de remplir l'image, et si possible de couleurs différentes. On peut aussi combiner des effets proches du sol (fontaines) et des effets en hauteur - attention toutefois à la forte différence de luminosité entre ces deux types d'effets, il faudra donc poser plus court pour les effets de type fontaine lumineuse.
J'ai remarqué que les effets sont souvent répétés par "salves" de 3-4 bombes identiques à quelques secondes d'intervalle; ainsi, le premier "tableau" vous permet d'observer et de fignoler le cadrage puisque vous en aurez encore deux ou trois à prendre en photo.

Le choix du moment du déclenchement ou du découvrement de l'objectif n'est pas anodin; si l'on attend que la bombe ait éclaté, il y a de fortes chances pour qu'elle manque un peu de consistance. Il vaut donc mieux anticiper, au risque que l'effet se produise hors du champ cadré. Toutefois, comme je l'ai dit précédemment, les bombes et fusées étant généralement "grappées" par salves de 3 ou 4, l'observation de la première permet de fignoler le cadrage pour les suivantes. Mais n'oubliez pas que la photo de feux d'artifice demande beaucoup de pratique et une grande maîtrise technique car de nombreux paramètres entrent en jeu (exposition, instant de la prise de vue, hauteur et direction des effets, simultanéité des effets, fumée, vent...), aussi ne soyez pas étonnés si vous avez beaucoup de déchets, au moins à vos débuts !

Une dernière mise en garde : si vous avez un boîtier mécanique, utilisez-le ! En effet, sur les appareils électroniques le maintien de l'obturateur ouvert pendant plusieurs minutes entraîne une forte usure des piles; comme les mesures matricielles et programmes sophistiqués ne servent à rien, autant utiliser les bons vieux appareils mécaniques.

PS : n'étant pas artificier, il se peut que j'aie utilisé des termes impropres (d'où aussi l'usage des guillemets); s'il y a des experts dans la salle, je suis preneur de toutes corrections. A ce propos, merci à Vincent Blot - voir son site; voir aussi le site de Ch. Blanc.
[ Photo : W. Van Gemert ]

Gérard Desroches

[ajout d'avril 2008]
J'ai reçu un courrier de M. André Pétroff qui me dit notamment: "Je suis photographe publicitaire et, depuis 1978, j'ai photographié 600 feux d'artifice. J'ai été le photographe des sociétés : Panzera, Lacroix, Ruggieri, Pyragric Industrie, Jacques Couturier, etc., sans même parler des sociétés internationales pour qui j'ai travaillé. Cette année, je vais entamer ma 30ème année consécutive mise au service de la photographie de feux d'artifice. Ceci dit pour que vous sachiez que je sais fort bien ce qu'est la photo de feux d'artifice, laquelle n'a plus de secret pour moi.

(*) Vous dites que les posemètres sont trompés par l'obscurité ambiante. Le ciel noir n'a rien à voir, tout simplement parce que les posemètres intégrés aux appareils ne peuvent mesurer que la lumière réfléchie, et en aucun cas la lumière incidente. Or, les produits pyrotechniques ne réfléchissent pas leur lumière, parce qu'ils ne rencontrent pas un corps interposé susceptible de la réfléchir. Si l'on veut prendre une mesure sur un tel produit, on ne peut le faire qu'en mesurant la lumière incidente, comme on le fait lorsqu'on veut mesurer les rayonnements solaires. Or, seuls les posemètres indépendants permettent ce type de mesure.

(**) Et pourquoi les bonnes ouvertures de base seraient F: 8 et F: 11 ? Ça n'a aucun sens, parce que chaque couleur possède sa propre valeur lumineuse, et que chaque même couleur peut avoir différentes valeurs lumineuses : foncé, moyen, clair. Apprenez que pour bien photographier les feux d'artifice, il faut bien connaître la photométrie, et toutes les valeurs lumineuses des produits. À défaut, c'est la bouteille à la mer, c'est-à-dire au petit bonheur la chance, façon de parler."


Ces commentaires sont certainement judicieux, car l'expérience de M. Pétroff est impressionnante mais, sans plus de précisions pratiques, ils me semblent un peu difficiles à mettre en ouvre par des amateurs auxquels cette petite fiche est destinée.


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