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Le filé


Le filé dynamique - Le filé statique - La synchronisation flash sur le deuxième rideau - Le zooming - Le filé artificiel


Il existe différentes techniques permettant de créer ou de recréer en photographie, medium pourtant statique par essence, une impression de mouvement. On les regroupe généralement sous le terme de "filé".
Nous n'aborderons ici que les principales, mais des combinaisons et créations sont toujours possibles - ce n'est qu'une question d'imagination et d'expérimentation.



Le filé "dynamique"
Photo M. Poinsignon
Le filé, que j'appelle ici "dynamique" par commodité, est une technique permettant de recréer l'impression de vitesse d'un sujet en déplacement. On en voit les applications les plus fréquentes en photographie sportive.
Le résultat recherché est que le sujet soit net et que le fond soit flou en formant des lignes parallèles au sens de déplacement du sujet.

Réfléchissons un peu

Le sujet se déplace, donc pour qu'il soit net je dois choisir une vitesse rapide...
Je veux que le fond soit flou, mais comme il ne se déplace pas, je dois choisir une vitesse lente et bouger mon appareil...
Il n'y a pas une petite contradiction, là?

La solution

Il faut effectivement choisir une vitesse lente et déplacer l'appareil latéralement pour que le fond soit flou. Mais il faut aussi que le sujet soit net; il n'y a que deux solutions : soit "figer" son déplacement au flash, soit suivre le sujet dans le viseur pendant son déplacement, tout en déclenchant, et en faisant attention à ne pas bouger l'appareil perpendiculairement au sens de déplacement. Photo M. Poinsignon

La première technique est souvent impraticable en raison de l'éloignement du sujet qui est supérieur à la portée du flash, mais la première photo ci-contre prouve que c'est possible dès que l'on peut se rapprocher suffisamment du sujet.
Nous en resterons ici à la deuxième technique (suivre le sujet avec l'appareil pendant le déclenchement) qui, pour être simple en théorie, demande beaucoup de pratique à la fois pour trouver la vitesse de prise de vue adaptée et acquérir la stabilité et la "fluidité" nécessaires car les photos sont généralement prises à main levée.

Le truc impératif

Suivre le sujet dans le viseur tout en déclenchant veut dire qu'il faut : repérer l'endroit où passera le sujet et où on voudra le photographier; se placer parallèlement à ce plan de prise de vue; sans bouger les jambes, se tourner vers l'endroit d'où vient le sujet; dès qu'il arrive, le suivre dans le viseur et déclencher au début de la zone de prise de vue repérée; continuer à suivre le sujet dans le viseur un peu après le déclenchement, toujours en tournant le buste et sans bouger les jambes.

En suivant ce conseil simple, non seulement vous améliorerez grandement vos chances d'avoir une belle représentation du mouvement, mais en plus vous ferez un excellent exercice de rotation du bassin - merci G.D. !


Le filé "statique" Photo J.P. Falguières

Le filé que j'appelle ici "statique" consiste, à l'inverse de la technique précédente, à obtenir un sujet flou sur un fond net. Il me semble inutile de préciser qu'il s'agit bien d'un flou volontaire; mais, pour qu'il ne s'apparente pas à un "accident" de prise de vue, le sujet doit être choisi avec soin car ce type de flou ne convient pas à tous les sujets!

Les applications les plus courantes sont la photographie d'eau (cascades, torrents, ruisseaux), de scènes de rue ("agitation" des piétons ou des véhicules) et de personnages (aspects "fantomatiques").
La photo sera quasi obligatoirement prise sur pied car la vitesse doit être très lente; en plein air et par temps ensoleillé ou clair, il faudra le plus souvent utiliser un filtre gris (ND 8, par exemple, comme sur la photo ci-contre, prise à 1/6 s et f: 29, à 100 iso) afin que l'on puisse obtenir des vitesses très lentes.


La technique

Difficile de faire plus simple ! Il suffit de choisir une vitesse lente, généralement inférieure au 1/8 s.
En ce qui concerne l'eau, plus la vitesse sera lente et plus la masse d'eau semblera dense et laiteuse. Pour les scènes de rue et de personnages, une vitesse trop faible risque en revanche de créer des masses inesthétiques, voire illisibles. Des essais s'imposent. Contrairement au filé dynamique, les prises de vues seront le plus souvent faites sur pied car l'environnement doit être absolument net.

Si la technique est simple, le choix du sujet, comme je l'ai dit au début, ne l'est pas tant que ça (sauf pour cascades, torrents et autres scènes d'eau).

On peut voir ci-dessous deux images d'un même sujet (arrosage en sortie de laminoir): celle de gauche est prise au flash et permet de voir la "réalité" de l'arrosage; la vitesse lente de celle de droite (1/6 de seconde) transforme les filets d'eau en brouillard d'eau pulvérisée (ce que je trouve plus esthétique... mais c'est un autre sujet !).

laminoir au flash  laminoir sans flash


La synchronisation flash sur le deuxième rideau

Cette technique est généralement utilisée pour photographier un sujet en mouvement sur un fond net, tout en représentant bien le déplacement du sujet. Elle nécessite toutefois l'utilisation d'un flash et/ou d'un boîtier capables d'opérer cette opération.

Brèves explications

Si vous avez déjà photographié au flash une voiture roulant avec les phares allumés, ou si vous avez vu ce genre de photos, vous avez certainement constaté que la trainée des phares se situe souvent devant le véhicule - on a alors l'impression qu'il recule, ce qui n'est certainement pas la meilleure façon de représenter son déplacement, la simple logique voulant que la trace des phares se situe derrière le véhicule. Promis, on ne va pas entrer plus avant dans les détails du pourquoi du comment (puisque cela m'a déjà valu quelques séances épiques gravées dans la mémoire collective de mon photo-club!).

Que faire

Si vous avez un appareil ou un flash sur lesquels il y a une position "2ème rideau" (voir le mode d'emploi car je peux vous assurer que ce n'est pas indiqué aussi clairement, au mieux ce sera "rear"), utilisez-la chaque fois que vous voudrez photographier au flash (de nuit ou de jour) un sujet en déplacement à une faible vitesse d'obturation.
Pourquoi je n'en dis pas plus sur cette technique si allèchante ? Simplement parce que si vous voulez vous lancer dans ce genre d'opération et que vous disposez du matériel adéquat, vous n'avez certainement pas besoin de lire mes modestes conseils destinés aux débutants! Mais si vous insistez, écrivez-moi et je développerai, promis.



Le "zooming"Photo M. Poinsignon

Je place ici cette technique car elle est aussi une façon de donner l'impression du mouvement. Afin qu'elle s'apparente plus au filé qu'à un effet spécial "gratuit", il faut que le sujet se dirige le plus possible dans l'axe de prise de vue.

Comment ça marche

D'abord, il faut un objectif à focale variable, autrement dit un zoom.
On fait la mise au point sur l'endroit précis où sera (devrait être) le sujet - repérages indispensables! Ensuite, comme pour le filé "classique", on choisit une vitesse lente, généralement inférieure au 1/15 s.
Enfin, pendant le déclenchement, on modifie la focale (généralement de la plus courte à la plus longue focale), sans déplacer l'appareil, c'est pourquoi il faut que le sujet se dirige vers le photographe, et un petit coup de flash n'est souvent pas de trop pour que le sujet soit partiellement figé. On obtient alors, si tout va bien, un effet "d'éclatement", le sujet semblant jaillir d'un ensemble flou (fond et bords) vers le centre de la photo.
Vous aurez certainement compris que cette technique, simple en théorie, nécessite beaucoup de pratique et de dextérité... ainsi qu'une petite dose de chance (notamment parce que le "zooming" doit se faire juste en même temps que le déclenchement et sans modifier le cadrage). Mais les effets produits peuvent être spectaculaires et esthétiques.


Photo M. Poinsignon

Le filé "artificiel"

Je mentionne ici juste pour information ce que j'appelle le filé artificiel.
Il existe, en effet, des compléments optiques ou des filtres qui donnent l'illusion de "flous de mouvement" ou de filés sans que le photographe n'ait trop d'efforts à faire. L'effet produit dépend de la focale, du diaphragme et est plus ou moins heureux suivant le sujet. On peut avoir de bonnes surprises.

Enfin, les techniques de retouche numérique et les logiciels spécialisés permettent aussi de "fabriquer" des filés plus ou moins prononcés et en tous sens. Mais nous sortons de notre sujet.


En guise de conclusion

Comme je l'ai dit au début, l'imagination et l'expérimentation sont de mise. Imaginez une photo combinant plusieurs des techniques exposées ci-dessus - ce n'est pas une vue de l'esprit car nous avons déjà vu de tels clichés, et des superbes ! Les photos couleur de mon ami Michel Poinsignon, par exemple, qui illustrent cet article et auquel des revues photo prestigieuses ont consacré des dossiers élogieux.



Photos de cyclistes: Michel Poinsignon; photo de torrent: Jean-Paul Falguières; photos de laminoir: Gérard Desroches.


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